Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince
Le 06 avril 2025
Depuis la chute de Jean-Claude Duvalier en 1986, Haïti vit suspendue à un espoir toujours repoussé, entre promesses de démocratie et réalités de chaos. Près de 40 ans plus tard, le pays s’enlise dans un cycle infernal : crises politiques à répétition, corruption érigée en système, violence débridée et institutions fantômes.
Mais alors que l’État chancelle, un sursaut devient possible. La responsabilité citoyenne apparaît comme la dernière carte à jouer. Peut-être la seule.
Une démocratie inachevée
Après la dictature, les Haïtiens ont cru en l’avenir. Ils ont voté, débattu, manifesté. Mais les élites, elles, se sont retranchées.
Le pouvoir, capturé par quelques-uns, a trahi la confiance populaire. Le Parlement, devenu chambre d’intérêts privés, a vidé de sens la représentation.
Les réformes promises – éducation, justice, santé – ont avorté sous les coups d’État, les assassinats, les deals politiques. Jean-Bertrand Aristide déchu en 1991, Jovnel Moïse tué en 2021 : à chaque tentative de changement, la violence a répondu.
L’économie nationale, elle, s’est effondrée, engloutie par les scandales. Le dossier PetroCaribe – 4,2 milliards de dollars disparus – reste l’emblème d’un pays volé.
2025 : Les gangs règnent, l’État se tait et fuie
Aujourd’hui, Port-au-Prince est sous occupation : 80 % de la capitale est contrôlée par des groupes armés, les institutions sont paralysées, les services publics inexistants.
Nombreux sont les institutions qui sont déplacées sous la menace, la pression et l’assaut des gangs, Le Palais National, La Primature, des Ministères, des Tribunaux, des Directions Générales…
Le gouvernement de transition peine à exister. Pendant ce temps, les citoyens vivent sous la loi des armes, sans protection, sans justice, sans recours.
Mais au cœur de cette noirceur, une lumière persiste : le citoyen haïtien n’a toujours pas dit son dernier mot.
Cinq leviers pour reconstruire depuis la base
1. Refuser l’impunité
La corruption n’est pas abstraite : elle tue. Elle affame, déscolarise, pousse à l’exil. Face à cela, la société civile doit jouer son rôle de contre-pouvoir : enquêter, exposer, exiger. Chaque quartier peut devenir une cellule de veille.
2. Créer l’État par le bas
Là où l’État échoue, les citoyens innovent. Des cliniques communautaires, des écoles de fortune, des coopératives agricoles… Ces initiatives ne sont pas des palliatifs : elles sont des fondations. Ce tissu de solidarité peut reconstruire un pays, à condition d’être soutenu, pas méprisé.
3. Réapprendre à dialoguer
Haïti est morcelée : classes, couleurs, régions, générations… Et pourtant, la crise est collective. Il est temps d’ouvrir des espaces de parole, où l’on écoute avant de condamner, où l’on cherche le commun plutôt que l’ennemi.
4. Repenser notre rapport à l’aide internationale
Les ingérences extérieures ont souvent aggravé les crises. Le peuple haïtien ne rejette pas l’aide, mais il exige qu’elle respecte ses choix. Fini les plans imposés depuis Washington ou Paris : les priorités doivent venir du terrain.
5. Garder l’espoir, coûte que coûte
L’espoir haïtien n’est pas naïf : il est têtu. Il persiste chez le professeur sans salaire, chez le jeune entrepreneur, chez la mère qui résiste à la peur. Cet espoir-là est une énergie politique. Il faut l’honorer, le cultiver, le transmettre.
Une démocratie à réinventer, par et pour le peuple
La démocratie ne tombera pas du ciel. Elle ne viendra pas des urnes si les urnes sont vides de sens. Elle se construira dans l’action quotidienne, dans le refus de l’indifférence, dans le courage de dire non – et d’agir pour un oui collectif.
En 2025, Haïti n’est pas morte. Elle est en attente.
Elle attend ses citoyens nationalistes par le réveil.



