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Fort-Liberté célèbre le 29 novembre avec des activités communautaires pour donner à la ville la reconnaissance officielle de l’indépendance d’Haïti.
FORT-LIBERTÉ—Au cœur du nord-est d’Haïti, la ville de Fort-Liberté est depuis longtemps la gardienne du passé révolutionnaire de la nation. Les 28 et 29 novembre, cette ville côtière s’est animée de festivités animées pour commémorer la rédaction et la première proclamation de l’Acte d’indépendance d’Haïti en 1803. Bien que la nation célèbre officiellement son indépendance le 1er janvier, Fort-Liberté a su se tailler une place dans l’histoire comme le lieu où la liberté a été déclarée pour la première fois.
Cette année, le maire de la ville, Etienne Louis-Jacques, et les membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), dirigé par le président Lesly Voltaire, ont souligné Fort-Liberté’s rôle central dans le mouvement indépendantiste d’Haïti. Dans un contexte de fierté et d’unité culturelles, des milliers de personnes se sont rassemblées pour célébrer, réfléchir et honorer les sacrifices qui ont donné naissance à la première république noire du monde.
Une déclaration historique, une nouvelle fête nationale
L’importance historique de Fort-Liberté reste souvent méconnue par rapport à des sites plus connus comme les Gonaïves. Pourtant, c’est ici, au Fort Saint-Joseph, que Jean-Jacques Dessalines et d’autres dirigeants révolutionnaires ont annoncé au monde l’indépendance d’Haïti le 29 novembre 1803, quelques jours seulement après leur éclatante victoire à la bataille de Vertières.
Cette année, Lesly Voltaire a marqué l’occasion en publiant un décret historique désignant le 29 novembre comme journée nationale de réflexion et de recherche sur les événements historiques entourant l’indépendance d’Haïti. « Cette journée sera l’occasion d’approfondir la compréhension du passé révolutionnaire d’Haïti et des sacrifices de ses ancêtres », a déclaré Voltaire, s’adressant à un public réuni place Saint-Joseph.
« Le crayon du peuple n’a pas de gomme. Même s’ils souhaitent effacer toutes les dates et tous les symboles, ils ne pourront pas le faire car le crayon du peuple n’a pas de gomme.
Lesly Voltaire, président du CPT, sur la place Saint Joseph à Fort-Libert.é.
Le décret souligne l’importance de préserver et de commémorer l’héritage révolutionnaire d’Haïti, en particulier dans des lieux comme Fort-Liberté, qui sont au cœur du récit du pays mais souvent négligés.
Depuis près de 25 ans, Fort-Liberté célèbre les 28 et 29 novembre dans un mélange de réflexion solennelle et de joyeuse festivité, grâce aux efforts de l’Association pour le Développement de Folibété et de son Environnement (ADFE). Les événements de cette année ont présenté un itinéraire chargé, de la solennité d’un Te Deum à la cathédrale Saint-Joseph aux défilés, danses traditionnelles et vitrines culturelles.
Le maire Louis-Jacques a souligné l’engagement de la Ville à préserver cette tradition : « En tant que communauté, nous nous engageons à faire en sorte que l’héritage de nos ancêtres continue de perdurer à travers cette célébration. Cela nous rappelle que l’indépendance que nous chérissons a été durement gagnée.
Les citoyens ont travaillé sans relâche pour préparer les festivités, nettoyer les rues, décorer la ville et redonner au fort Saint-Joseph son lustre d’antan. Le résultat a été une vibrante démonstration d’unité et de fierté, avec des personnes de toutes générations contribuant à la célébration.
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Mgr Quesnel Alphonse se tient devant l’autel de la cathédrale Saint-Joseph de Fort-Liberté, se préparant pour son service œcuménique avec le corps pastoral le 29 novembre 2024. Photo d’Edxon Francisque pour The Haitian Times. -

Mgr Quesnel Alphonse prononce son homélie depuis l’autel de la cathédrale Saint-Joseph de Fort-Liberté le 29 novembre 2024. Photo d’Edxon Francisque pour The Haitian Times. -

Président par intérim du Conseil présidentiel de transition (CPT), l’architecte Lesly Voltaire, à l’extrême gauche avec le ministre de l’Éducation Antoine Augustin et des membres des forces armées d’Haïti, FADH, au Te Deum de la cathédrale Saint-Josepg à Fort-Liberté le 29 novembre 2024. Photo par Edxon Francisque pour le Haïtian Times
L’unité face aux défis modernes
Si les festivités honorent le passé, elles offrent également un répit bien mérité dans les luttes actuelles d’Haïti. Avec la violence des gangs, l’instabilité économique et l’incertitude politique affectant une grande partie du pays, la célébration de Fort-Liberté a servi de sanctuaire de paix et de solidarité.
« Fort-Liberté a toujours été un sanctuaire de paix », a déclaré Pautinsky Fortuné, un leader communautaire qui a aidé à organiser les événements. « En célébrant ici, nous montrons au reste d’Haïti que l’unité est encore possible. »
La sécurité était une priorité clé, avec des patrouilles de police renforcées pour assurer la sécurité des participants. Les résidents ont exprimé une immense fierté quant à la capacité de leur ville à accueillir un tel événement malgré les défis auxquels le pays est confronté.
Relier le passé et le présent
Les célébrations ont culminé avec une vitrine culturelle faisant le lien entre le passé et le présent. Des artistes locaux ont interprété des pièces d’inspiration révolutionnaire et des écoliers ont défilé dans les rues, portant fièrement le drapeau haïtien. Mgr Quesnel Alphonse, de la cathédrale Saint-Joseph, a souligné l’importance de la décentralisation dans son homélie, exhortant les jeunes d’aujourd’hui à perpétuer la vision de justice et d’égalité des fondateurs.
“Cette date nous rappelle l’immense contribution à la lutte pour la libération du pays de l’oppression coloniale, esclavagiste et raciste”, a déclaré Voltaire lors de son discours. “Le crayon du peuple n’a pas de gomme.”
L’événement a également servi d’appel à l’action pour que les Haïtiens s’inspirent de leurs ancêtres révolutionnaires pour relever les défis contemporains. Les professeurs d’histoire présents ont souligné que les idéaux de liberté et d’unité qui ont fondé la république doivent continuer à guider la nation.

Un héritage à préserver
Alors que le soleil se couchait sur Fort-Liberté, les échos des tambours et la vue du drapeau haïtien flottant fièrement rappelaient aux participants les sacrifices qui ont façonné leur nation. La commémoration annuelle de la ville sert non seulement à célébrer l’indépendance d’Haïti, mais aussi à rappeler l’esprit durable de son peuple.
Pour les résidents comme Judson Michel, enseignant, l’événement est une immense fierté. « En 1987, mon professeur d’histoire nous a fait découvrir le rôle important qu’a joué Fort-Liberté dans l’histoire. Notre ville est riche en attractions historiques et touristiques », a déclaré Michel. « En tant que citoyen, vous ne pouvez qu’être fier de cette ville, la ville de la liberté. »
Le rôle de Fort-Liberté dans l’indépendance d’Haïti n’est peut-être pas encore largement reconnu, mais sa célébration annuelle témoigne de l’héritage durable de la ville en tant que berceau de la liberté. Comme le dit éloquemment Mgr Alphonse : « L’histoire écrite ici nous rappelle que la liberté n’a pas été donnée mais gagnée. C’est à nous d’honorer cet héritage chaque jour.



