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L’existence du Conseil présidentiel de transition (CPT), une structure coûteuse, est menacée alors que les conseillers impliqués dans le scandale de corruption de la Banque nationale de crédit s’accrochent à leurs positions.
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) d’Haïti est au bord de l’effondrement après qu’un scandale de corruption ait touché trois membres clés. L’Unité anti-corruption (ULCC) a accusé les membres votants Emmanuel Vertilaire, Louis Gérald Gilles et Smith Augustin de corruption, renforçant ainsi la méfiance du public. Aujourd’hui, les partis politiques et les groupes de la société civile réclament leur démission immédiate.
Malgré ces appels, aucun des responsables impliqués n’a démissionné. Ils continuent de participer à des décisions cruciales, soulevant des inquiétudes quant à leur valeur et des craintes quant à l’avenir du conseil.
Dans un rapport Publié le 3 octobre, l’ULCC accuse trois membres du CPT de corruption passive et exige leur inculpation. Le rapport met également en cause Raoul Pascal Pierre-Louis, l’ancien président de la Banque Nationale de Crédit (BNC) d’Haïti, que les trois conseillers aurait tenté de le corrompre en échange de son maintien à son poste.
Ces allégations ont suscité une indignation généralisée alors que les responsables accusés continuent de conserver leur poste, apparemment insensibles aux demandes croissantes de responsabilisation.
Un budget pléthorique sous surveillance
L’enquête de l’ULCC a mis en lumière les coûts faramineux de la maintenance du CPT. Selon le rapport, chaque conseil présidentiel coûte à l’État haïtien plus de 1,46 million de gourdes par mois, soit 11 100 dollars américains. En prenant en compte les neuf membres, y compris les sept membres votants et les deux membres non votants, les dépenses mensuelles du conseil s’élèvent à environ 13,167 millions de gourdes, soit environ 100 000 $ US, hors dépenses supplémentaires de sécurité et de conseil.
Dans son témoignage devant les enquêteurs de l’ULCC, Augustin, l’un des accusés, a détaillé les avantages accordés à un membre du CPT. Ceux-ci comprennent un salaire de 220 000 gourdes (environ 1 700 $), 400 000 gourdes (plus de 3 000 $) en frais de résidence, 400 000 à 500 000 (3 000 à 3 800 $) sur les cartes de débit, 250 000 gourdes (environ 1 900 $) en bons de carburant, 73 000 gourdes (554 $) dans divers et 20 000 gourdes (environ 152 $) pour le service téléphonique personnel.
En plus de la rémunération de base mensuelle par membre de 11 100 $, 25 millions de gourdes, soit environ 189 625 $, sont allouées à l’institution des services de renseignement. Le document de la CHLC ne précise pas si cette somme est budgétisée annuellement ou autrement et si elle est par conseiller ou pour l’ensemble des neuf membres.
Mais ces 25 millions de gourdes initialement destinées aux services de renseignement sont en réalité répertoriées comme un avantage personnel pour les conseillers, alimentant encore davantage les critiques dans un pays en difficulté financière face aux crises humanitaire et sécuritaire.
Des questions demeurent quant à la valeur de ces services de renseignement. Les tentatives du Haitian Times pour joindre les membres du conseil afin d’obtenir des éclaircissements sur les coûts et le sort des accusés ont échoué. Le ministère de l’Économie et des Finances n’a pas non plus répondu à une demande de commentaires.
Appels à la responsabilité
L’avenir du CPT est devenu encore plus précaire, des groupes politiques et de la société civile exigeant la démission des responsables impliqués. Plusieurs organisations de premier plan, dont l’Initiative de la société civile (ISC, son acronyme français) et Ensemble contre la corruption (ECC, son acronyme français), ont publié des déclarations appelant les membres du conseil à se retirer au nom de la justice.
« Les membres du Conseil présidentiel de transition répertoriés par l’ULCC doivent, au nom du principe d’égalité de tous les citoyens devant la loi, démissionner et se mettre à la disposition de la justice », peut-on lire dans un communiqué de l’ISC.
Le communiqué appelle à des mesures audacieuses pour restaurer la confiance du public dans le conseil, qui n’a pas réussi à atteindre ses objectifs, notamment en ce qui concerne la lutte contre l’insécurité croissante en Haïti et la formation d’organes de transition.
Marie Rosie Auguste Ducena, présidente de l’ECC, a réitéré cette position : « La présence continue de ces conseillers au sein du CPT érodera encore davantage la confiance du public dans une institution déjà en difficulté. »
Résister à la résignation face à l’avenir fragile du CPT
Malgré la pression croissante, les conseillers accusés restent sur leurs positions. Le 4 octobre, six des sept membres votants du CPT ont signé un résolution nommer Leslie Voltaire en tant que nouveau président du conseil de transition. Il a remplacé Edgard Gardy Leblanc Fils, dont le mandat a pris fin le 7 octobre, selon un compromis et des règles internes.
La résolution a exclu les trois responsables accusés de devenir président du CPT. Cependant, ils continuent d’influencer de manière significative le conseil, en participant à ses opérations et à ses processus décisionnels.
Dans sa déclaration finale en tant que président du CPT, Leblanc a exprimé son inquiétude quant à l’avenir du conseil et a exhorté les membres accusés à démissionner pour éviter de nuire davantage à sa crédibilité.
«Ces conseillers doivent se retirer pour éviter de ternir davantage la réputation du Conseil», a déclaré Leblanc dans un message télévisé.
Les révélations du rapport de l’ULCC ont accru les inquiétudes quant à la viabilité du CPT, un organisme initialement créé pour diriger Haïti pendant sa période de transition. Le conseil a eu du mal à tenir ses promesses, notamment en ce qui concerne la lutte contre la violence des gangs dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite et la mise en œuvre d’un accord du 4 avril sur la création d’organes de transition.
Avec ses dirigeants impliqués dans un scandale de corruption, la mission du CPT semble plus menacée que jamais. À long terme, le coût pour le peuple haïtien pourrait être bien plus élevé que ce qui apparaît sur le papier.
Des groupes de la société civile comme l’ISC et l’ECC affirment que l’incapacité du Conseil à agir de manière décisive face aux allégations de corruption ne fera qu’aggraver la méfiance du public à l’égard du gouvernement de transition d’Haïti.
Le CPT reste dans une position précaire, ses dirigeants s’efforçant de maintenir le contrôle tout en faisant face à des appels croissants à des réformes. On ne sait pas si les membres accusés se retireront ou continueront à s’accrocher au pouvoir, mais plus ils tiennent le coup, plus la transition en Haïti devient incertaine.
« Le CPT ne peut pas se permettre de maintenir des dirigeants impliqués dans des allégations aussi graves », a déclaré Jean André Victor, porte-parole du Collectif du 30 janvier, lors d’un entretien sur la radio Magic 9.
« L’avenir du Conseil – et celui de la transition dans son ensemble – dépend du retrait rapide de ces personnes. »



