Aperçu:
Bertony Louis, poète haïtien et poète en résidence à Harvard, explore l’intersection de la poésie et du monde naturel dans son long ouvrage « And the Ocean for Ink ». Dans une interview avec Websder Corneille pour The Haitian Times, Louis parle des défis environnementaux auxquels Haïti est confronté, de son parcours poétique et de sa mission de créer du changement à travers son travail.
Fin septembre, le poète haïtien Bertony Louis est monté sur scène devant le célèbre universitaire Dr Henry Louis Gates Jr., directeur du Hutchins Center de Harvard, et un public de ses pairs pour partager son exploration audacieuse de l’avenir de l’humanité à travers le prisme de l’océan. En tant que poète en résidence à Harvard, Louis s’est plongé dans son projet poétique unique de longue durée, « And the Ocean for Ink », dévoilant le lien profond entre la mer et notre destin collectif.
Avant d’entreprendre son voyage poétique à Cambridge pour devenir membre du Hutchins Centre, Bertony a séjourné en tant que poète en résidence et membre du Artist Protection Fund à l’Université de Glasgow. Tout au long de sa carrière, il a également reçu de nombreuses distinctions internationales, dont le Premier Prix de Société des Gens de Lettres en 2020.
« Les luttes d’Haïti et l’immensité de l’océan façonnent ma poésie. À travers ces versets, mon objectif est de refléter le besoin urgent de changement.
Bertony Louis
Websder Corneille de Le temps haïtien s’est assis avec Louis pour discuter des intersections de sa poésie, du paysage actuel d’Haïti et inévitablement du sort de l’humanité.
Websder Corneille est maître de conférences adjoint en langue créole haïtienne et en études haïtiennes à l’Université d’Indiana et fondateur et directeur exécutif du programme créole haïtien. Son rapport sur la traite des enfants en Haïti a remporté le Prix international Philippe Chaffanjon 2020.
CORNEILLE/The Haitian Times :
Vous êtes poète en résidence au prestigieux Hutchins Center for African & African American Research de Harvard pour travailler sur le projet « And the Ocean for Ink », qui se concentre sur les effets négatifs de l’activité humaine sur la planète. Comment abordez-vous les relations entre la poétique, le monde naturel et l’écologie ?
LOUIS: Mon projet “Et l’océan pour l’encre” est un long poème (poème-fleuve) qui examine le lien intime entre l’avenir de l’humanité et l’océan et leur place dans la vie humaine. Le poème examine l’urgence de la dégradation de la biodiversité et des écosystèmes marins et comment un océan sain est une condition préalable fondamentale au bien-être humain.
Une revue de ma poésie démontrera que la nature fait partie intégrante de mon travail. Il m’est presque impossible de construire un verset de cinq mots ou plus sans incorporer un mot ou une phrase qui évoque le monde naturel. La nature joue un rôle indispensable dans le processus créatif et je la considère comme un moyen d’honorer l’engagement que je prends envers la beauté avec chaque poème que j’écris. La nature elle-même m’aide à répondre aux préoccupations esthétiques de l’écriture poétique et joue un rôle crucial dans ma démarche. Je m’inspire pour chaque verset du contact avec ce monde.
TOILETTES: Les scientifiques documentent depuis longtemps la vulnérabilité d’Haïti au changement climatique. La faiblesse d’Haïti face aux événements météorologiques extrêmes a-t-elle guidé l’esprit de ce projet ?
BL: Le changement climatique est un problème mondial qui pose un risque important pour Haïti, en particulier compte tenu de notre situation géographique dans une zone tropicale et du manque général d’inquiétude à l’égard de ce problème. Quant à ce dernier point, c’est peut-être parce que nous avons d’autres problèmes plus critiques à résoudre, comme l’insécurité. Dans une certaine mesure, les circonstances spécifiques d’Haïti ont guidé l’esprit de ce projet.
Premièrement, il existe un manque de sensibilisation à l’océan et à l’environnement en général. Par exemple, dans les rares cas où les problèmes environnementaux sont abordés en Haïti, l’accent est systématiquement mis sur la plantation et la protection des arbres. Cependant, il y a une absence notable de discours sur l’importance des océans, qui fournissent plus de 50 % de l’oxygène que nous respirons, un chiffre qui dépasse de loin celui fourni par les arbres. Deuxièmement, ce projet démontre que malgré le manque d’attention portée à certaines questions, il existe encore des individus qui sensibilisent à ces questions.
TOILETTES: Vous considérez-vous comme un écopoète ? Si oui, en quoi l’écopoétique diffère-t-elle de la simple poésie de la nature ou comment interagissent-elles ?
BL: Bien que mon travail, en particulier ce projet, fasse progresser les principes écologiques, je me considère avant tout comme un poète humanitaire. Ma poésie est donc axée sur l’amélioration de l’humanité. Je suis inspiré par les paroles d’Eugène Guillevic, qui a dit : Faire du poème un levier pour changer le monde, c’est être fidèle à la poésie. Cette phrase guide ma démarche de poète. À chaque ligne que j’écris, je ressens un sentiment d’obligation d’utiliser la poésie comme outil de changement positif et de démontrer mon engagement envers ce métier.
TOILETTES: Jusqu’en octobre 2023, vous étiez rédacteur du Artist Protection Fund à l’École des langues et cultures modernes de l’Université de Glasgow au Royaume-Uni. Quels ont été vos principaux enseignements poétiques de cette expérience ? Comment cela remodèle-t-il votre vision ou votre approche ?
BL: Les 12 mois que j’ai passés à l’Université de Glasgow dans le cadre de ma bourse du Artist Protection Fund ont représenté une étape importante dans mes débuts de carrière de poète. C’était ma première résidence majeure; J’avais auparavant participé à deux autres résidences, dont une en Espagne au Fondation Valparaíso et l’autre à Fondation du Village des Artistes de Schöppingen en Allemagne. Cependant, ma bourse d’écriture au Royaume-Uni était plus vaste, à plus long terme et significative en comparaison. Cette bourse a contribué à façonner ma pensée et mon approche poétique. L’environnement était propice à l’atteinte des objectifs fixés dans mon projet d’écriture et à la progression dans d’autres domaines de ma vie.
Ma participation à ce programme de bourses (à Glasgow) m’a amené à comprendre qu’une résidence d’écriture ou une bourse ne consiste pas uniquement à travailler sur un projet littéraire. Il s’agit également d’expériences et de rencontres qui ont un impact significatif sur notre perception de l’écriture. Explorer de nouvelles frontières et expérimenter différentes cultures sont des facteurs clés qui permettent aux artistes d’innover et d’affiner leur métier.
TOILETTES: Être le premier Haïtien à recevoir cette bourse d’études en écriture créative à l’Université Harvard, qu’est-ce que cela signifie pour un créateur dans un pays (les États-Unis) où la culture est considérée comme notre meilleure ou parfois notre seule carte de visite ?
BL: Malgré les défis auxquels le pays est confronté, la culture reste un aspect fondamental de l’identité nationale. Il est reconnu qu’actuellement, les activités culturelles en Haïti connaissent un déclin notable en raison de l’insécurité qui règne dans le pays. Cependant, la culture haïtienne reste résiliente. De telles opportunités sont pratiquement inexistantes en Haïti. Parmi le nombre limité de programmes de création artistique en Haïti, le Festival Quatre Chemins le programme est remarquable.
La rareté de ces programmes peut être attribuée principalement au manque d’encouragement à la création artistique de la part des institutions culturelles. S’il existe quelques concours qui récompensent des œuvres littéraires, comme le Prix Henry Deschampsil y a une pénurie de programmes proposant des résidences de création aux artistes. Deuxièmement, le gouvernement n’accorde pas de financement aux organismes culturels pour de tels programmes.
Le fait d’être le premier Haïtien à bénéficier d’une telle bourse de création à l’Université Harvard représente une réalisation importante pour la littérature haïtienne, très appréciée à l’étranger. Cela envoie également le message qu’Haïti est un pays qui produit des individus talentueux qui contribuent à la communauté mondiale. J’espère qu’un jour, les écrivains haïtiens n’auront plus à chercher des opportunités à l’étranger, car il y en aura suffisamment dans notre propre pays.



