Saga BNC-CPT : Le Premier ministre haïtien Conille limoge Pierre-Louis et son conseil d’administration

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Le Conseil d’Administration sortant de la Banque Nationale de Crédit (BNC) a été installé le 9 février 2021. De gauche à droite : Eric François, Membre ; Guy Marie Caseneuve, Vice-Président ; Ivicat Pierre, Directeur Général ; Raoul Pascal Pierre-Louis, Président ; Pierre Alès Bazile, Membre. Photo : site de la BNC

RPascal Pierre-Louis, président de la Banque Nationale de Crédit d’Haïti (BNC), a été démis de ses fonctions par le Premier Ministre haïtien Garry Conille. La Primature a officiellement informé Pierre-Louis de la décision du gouvernement de transition de le laisser partir dans un délai de 15 jours. lettre daté du 8 août.

Le limogeage du président du BNC est intervenu deux semaines après qu’il ait affirmé avoir fait l’objet d’une amende de 100 millions de gourdes (environ 758 000 dollars américains). tentative d’extorsion de fonds par des conseillers présidentiels Louis Gérald Gilles, Smith Augustin, and Emmanuel Vertilaire.

Conille n’a apparemment pas attendu la conclusion d’un enquête Le gouvernement a enquêté sur l’affaire menée par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) avant de licencier Pierre-Louis. Le président du BNC a été entendu par les enquêteurs de l’ULCC le 5 août, soit trois jours plus tard avant son limogeage. Le gouvernement n’a cependant pas précisé si ce limogeage était motivé par ce qui a été révélé lors de l’audition de Pierre-Louis ou par d’autres informations étayées sur les allégations.

« Il a été décidé de mettre fin à vos fonctions de président du conseil d’administration de la BNC », précise la lettre signée par le premier ministre, chef du gouvernement de transition.

Lettre du Premier ministre Garry Conille du 8 août 2024 limogeant Raoul Pascal Pierre-Louis

Pierre-Louis, aujourd’hui haut fonctionnaire du gouvernement, n’a pas encore été remplacé. Cependant, tout porte à croire qu’un nouveau conseil d’administration intérimaire pourrait être installé dès le mardi 13 août, conformément à ce qui a été demandé à la Banque de la République d’Haïti (BRH). Le gouvernement a instruit l’organe directeur de la BRH de prendre les mesures nécessaires pour combler le vide à la BNC en attendant la nomination et l’installation d’un nouveau conseil d’administration.

« Je vous informe que par décision du gouvernement, le régulateur du système financier, qui est la Banque de la République d’Haïti (BRH), a été chargé de mettre en place un comité de gestion à la Banque Nationale de Crédit (BNC), en attendant la nomination et l’installation d’un nouveau Conseil d’Administration », lit-on au premier paragraphe de la lettre de Conille.

Malheur à l’homme qui a provoqué le scandale

Les Haïtiens ignorent tout des accusations de corruption portées contre les trois membres du Conseil présidentiel de transition (CPT). Est-ce que cela a vraiment eu lieu ou s’agit-il d’une accusation sans fondement (comme le disent les accusés) qui cherche à ternir leur image ? Pour l’instant, rien n’est clair.

Ce qui est sûr, c’est que deux des trois conseillers présidentiels incriminés ont exigé que des preuves de leur implication dans cette affaire soient apportées. A ce jour, aucune preuve n’a été apportée au grand jour. Mais le soupçon de corruption demeure, et le premier à perdre son poste est le lanceur d’alerte.

C’est comme si on disait : malheur à celui qui a provoqué le scandale. Pierre-Louis semble payer le prix fort. Mais il n’est pas le seul dans cette saga. Plusieurs groupes politiques, dont ceux qui ont des représentants au CPT, réclament des mesures de précaution contre Gilles, Augustin et Vertilaire.

Dans une lettre adressée au président du CPT, Edgar Leblanc Fils, le Bureau de suivi (BSA) de l’Accord du 30 août 2021, également connu sous le nom d’Accord du Montana, et le Collectif des partis politiques du 30 janvier ont pris les devants et ont demandé à Leblanc d’agir dans ce sens.

« Cette mesure permettra à la justice de suivre sereinement son cours, de restaurer la confiance du peuple haïtien dans la présidence, symbolisée aujourd’hui par le Conseil présidentiel de transition, et de garantir le succès de la transition », écrivent-ils.

Ces deux formations politiques demandent également aux autorités compétentes de mener une enquête interne pour prévenir d’autres actes de corruption au sein du Conseil et du gouvernement de transition. Ils réclament des actions visant à lutter contre l’impunité en réprimant les auteurs et coauteurs de la corruption dans l’administration publique.

La saga impliquant l’ancien président du BNC et les trois membres du CPT risque de s’éterniser. Elle ne s’arrêtera pas avec le limogeage de Pierre-Louis, disent certains. Pour commencer, le scandale a été rendu public le 24 juillet, lorsque le président du BNC a informé le Premier ministre Conille que les trois conseillers lui avaient demandé de l’argent en guise de pot-de-vin pour le maintenir à son poste. Depuis, Pierre-Louis a été convoqué par certains des accusés, mais il n’a répondu à aucune, malgré les menaces de poursuites judiciaires contre lui.


La version originale de cet article a été publiée par Le Temps Haïtien

À suivre