Haïti – CARICOM : Rapport post-visite du Groupe d’éminentes personnalités en Haïti

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Haïti – CARICOM : Rapport post-visite du Groupe d’éminentes personnalités en Haïti
22/08/2024 10:37:10

Haïti - CARICOM : Rapport post-visite du Groupe d'éminentes personnalités en Haïti

« En réponse à une invitation du Président du Conseil présidentiel de transition (CPT) et aux appels des parties prenantes, le Groupe de personnalités éminentes de la CARICOM (EPG) a effectué une visite en personne en Haïti du 11 au 16 août 2024 afin de vérifier et d’évaluer les progrès accomplis dans le processus de transition pour être en mesure de faire rapport aux chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM).

La visite a permis un échange de vues et un dialogue avec des représentants d’un large spectre de la société haïtienne – l’exécutif bicéphale ; le Directeur général de la Police nationale d’Haïti ; la Ministre chargée des affaires féminines, les responsables du secteur de nomination ; les dirigeants des partis politiques non représentés au CPT ni au gouvernement ; le secteur de la société civile, y compris les associations de femmes et de défense des droits humains ; les secteurs religieux et privé ; les syndicats ; et un groupe de la diaspora en visite. Le GEP a également rencontré des représentants des principaux partenaires internationaux d’Haïti (Canada, France, USA) ainsi que des représentants du Bureau des Nations Unies en Haïti (BINUH), de l’Organisation des États américains (OEA) et du Commandant de la Force de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MSSM).

La visite au CPT et au Premier ministre a permis de faire le point sur la situation générale, leurs activités et leurs projets ainsi que leurs préoccupations. Le GEP a été encouragé par le fait que le CPT semble faire des efforts pour surmonter les retards dans la mise en place d’un certain nombre d’institutions et d’entités clés requises par l’Accord du 3 avril entre les parties prenantes, telles que le Conseil électoral provisoire (CEP), l’Organe de contrôle de l’action gouvernementale (OCAG), le Conseil national de sécurité et la Conférence nationale. La question de l’éloignement entre certains secteurs et leurs représentants au Conseil et des frictions qui en résultent a été soulevée. Le GEP a également discuté du malaise des parties prenantes résultant de la non-publication de l’Accord du 3 avril, de l’absence des institutions essentielles proposées, de l’inaction du Conseil et de l’impact négatif sur le Conseil de son inaction face aux allégations de corruption contre trois de ses membres.

Les difficultés rencontrées par la police haïtienne et la force kenyane pour faire face à l’insécurité constituent une préoccupation majeure exprimée par les deux institutions de gouvernance. Cela reste la principale attente du peuple haïtien. La préoccupation commune exprimée était que la force kenyane manquait à la fois de personnel et d’équipement et, par conséquent, n’avait pas la capacité de tenir le territoire reconquis. La nécessité de fournir un financement adéquat au MSSM pour résoudre rapidement ces pénuries d’équipement et de personnel a été soulignée, des nécessités également requises par la police haïtienne.

De son côté, le Premier ministre Conille était parfaitement conscient que cette fenêtre d’opportunité ne durerait pas longtemps et que la population du pays attendait des résultats. Il a clairement indiqué que le manque de ressources et l’effondrement des institutions de l’État constituaient des obstacles, mais que des efforts étaient en cours pour résoudre les problèmes socio-économiques et humanitaires critiques qui assaillaient la population. Le Premier ministre a souligné que, si le problème de l’insécurité n’était pas résolu, les progrès dans d’autres domaines critiques de l’action gouvernementale seraient très probablement compromis.

Lors des réunions avec un large éventail de représentants de la société civile et des partis politiques non représentés au sein du CPT et du gouvernement, l’opinion commune s’est dégagée sur la nécessité d’une réinitialisation et d’une reconfiguration du CPT. Les préoccupations et les problèmes soulevés ont fait l’unanimité : l’incapacité de l’État à améliorer la sécurité ; la déception face au manque d’impact de la présence des forces kenyanes ; l’érosion de la confiance du public dans le CPT, exacerbée par le scandale de corruption et les demandes stridentes de retrait des trois conseillers ; l’inquiétude croissante qu’en raison des retards, perçus comme de l’inaction, le processus de transition ne puisse pas respecter l’échéance de février 2026 pour l’installation d’un président élu. Les représentants des partis politiques non liés au CPT ont dénoncé le caractère non inclusif du Conseil des ministres et les avantages pécuniaires et autres dont pourraient bénéficier, à l’approche des élections, les partis politiques représentés au Conseil par l’intermédiaire de leurs ministres désignés.

Les retards dans la mise en place des institutions essentielles, la nécessité d’une plus grande efficacité pour atteindre les objectifs majeurs dans les délais impartis et l’impact corrosif des allégations de corruption ont contribué à la fragilité du processus de transition. Les allégations de corruption n’auraient pas pu survenir à un pire moment et devront être résolues rapidement afin de préserver l’intégrité de l’institution. « Il faut que les citoyens aient confiance dans le processus de transition. À cet égard, l’enquête menée par l’agence d’investigation anti-corruption sera d’une importance cruciale. Il faut revenir à l’esprit de l’accord du 11 mars 2024 en Jamaïque, qui était fondé sur l’inclusivité, le consensus et la responsabilité. »

HL/HaïtiLibre

À suivre