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TLa visite de cinq heures du secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken en Haïti le 5 septembre dernier ne surprend personne. Ne dit-on pas que le criminel revient toujours sur les lieux du crime ?
En effet, tel un proconsul de l’époque coloniale, Blinken a annoncé que l’administration sortante Biden donnerait la somme pathétique de 45 millions de dollars d’aide humanitaire à Haïti et a passé des ordres à son servile Conseil présidentiel de transition (CPT) et au Premier ministre de facto Garry Conille.
Une caravane de véhicules blindés a transporté Blinken aux réunions, qui se sont tenues, non pas dans un bâtiment du gouvernement haïtien, mais dans l’ambassade fortifiée des États-Unis et la résidence de l’ambassadeur des États-Unis. Il s’agissait d’une violation flagrante du protocole diplomatique et de la souveraineté haïtienne, révélant l’échec complet de la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) financée par Washington à établir une quelconque forme de sécurité en Haïti depuis qu’elle a été approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU le 2 octobre 2023 ou depuis l’arrivée des 200 premiers policiers kenyans le 16 juin 2024.

Blinken a néanmoins eu l’audace de remercier la police kenyane et le président William Ruto pour avoir amélioré le climat sécuritaire en Haïti en rouvrant l’aéroport de Port-au-Prince et en permettant la reprise des vols commerciaux. Un seul problème : l’aéroport a été ouvert avant l’arrivée des premiers Kenyans !
Peut-être aussi que Blinken ne sait pas que la circulation automobile est toujours interdite de Martissant à Gressier en direction du sud de la capitale, de Canaan à Cabaret en direction du nord, et que les populations déplacées de l’agglomération ne peuvent toujours pas rentrer chez elles ; même le ministre de l’Intérieur ne peut pas s’asseoir dans le bureau de ce ministère, rue de la Réunion.
Bref, il n’y a aucune raison de remercier les Kenyans, car la situation s’aggrave. Les groupes armés non étatiques ne se sentent pas du tout inquiets et s’affichent « Live » sur TikTok avec leurs milliers d’abonnés presque tous les jours tandis que les L’armée américaine recueille de la boue dans la rivière Pedernales à la frontière avec la République Dominicaine à la recherche de minéraux de terres rares.
Les ordres du proconsul Blinken à ses subordonnés étaient de former un conseil électoral, d’organiser un référendum sur une nouvelle constitution et d’organiser des élections nationales, quel que soit le climat de sécurité.
Nous disons « non » à toute réforme de la Constitution. Au contraire, nous exigeons l’application de la Constitution de 1987. En l’absence de gouvernement élu, nous nous opposons à tout faux référendum sur la Constitution et à toute élection sous occupation militaire étrangère. Notre lutte est pour la libération d’Haïti de la domination impérialiste des États-Unis, de la France et du Canada. Il est criminel et raciste de planifier des élections dans les conditions dans lesquelles se trouve Haïti actuellement ; elles ne feraient que renforcer la domination impérialiste sur Haïti. Les masses populaires des villes et des bidonvilles sont appauvries, les petits paysans sont ruinés et la jeunesse aliénée n’aspire qu’à quitter le pays à la première occasion.
Blinken a été accueilli par son homologue haïtienne, Mme Dominique Dupuy, sur le tarmac de l’aéroport de Maïs Gâté. Il a rencontré Conille et le président tournant du CPT, Edgard Leblanc Fils, à la résidence officielle de l’ambassadeur des États-Unis en Haïti, Dennis Hankins, à Pétionville. Il a également convoqué Rameau Normil, chef de la Police nationale d’Haïti (PNH), à la base construite par les États-Unis abritant les 380 policiers kenyans de la MSS. Enfin, Blinken a invité les dirigeants de ses secteurs politiques complices et serviles – allant du Parti des chauves haïtiens (PHTK) de Martelly à la Famille Lavalas de Jean-Bertrand Aristide en passant par les Enfants Dessalines de Moïse Jean-Charles – dont les représentants composent le CPT, à l’ambassade des États-Unis à Tabarre. Blinken a également souligné le renouvellement de la loi HOPE/HELP, la législation américaine d’exonération fiscale qui rend les ateliers de misère haïtiens rentables, même si le parc industriel ne fonctionne presque pas en raison de l’insécurité qui règne dans la zone métropolitaine.
Après sa « visite médicale » en Haïti, Blinken s’est envolé pour la République dominicaine et y a passé le reste de la journée.

Quel scandale ! Haïti ne dispose pas d’un lieu approprié pour recevoir l’équivalent du ministre des Affaires étrangères américain. Les non-élus haïtiens n’étaient là que pour présenter leurs dossiers personnels, comme s’ils étaient les invités de Blinken et non l’inverse. Ils n’ont pas exposé les questions brûlantes de l’insécurité qui ravage la zone métropolitaine et le département de l’Artibonite et/ou de la crise humanitaire que traverse le pays avec la paupérisation croissante des masses et le chômage chronique, l’inexistence des services sociaux de base, etc., etc.
Quelques semaines plus tôt, nous avions assisté au spectacle macabre et humiliant de fonctionnaires taïwanais remettant 400 gilets pare-balles, frappés du drapeau taïwanais, à Conille et Normil.
Les Haïtiens expatriés contribuent plus généreusement lorsque les autorités haïtiennes le demandent. Les Haïtiens expatriés n’ont-ils pas acheté et expédié à Jean Ernest Muscadin, le commissaire du gouvernement de Miragoâne, un véhicule blindé privé ?
Les autorités haïtiennes savent qu’elles n’ont aucune légitimité et n’ont même pas osé évoquer la relance de certains accords économiques conclus dans le passé entre les deux plus vieilles nations de l’hémisphère, notamment la réactivation du Système de préférences généralisées (SGP), instauré par le Trade Act de 1974, en vertu duquel Haïti est censé pouvoir importer ses produits aux Etats-Unis sans payer de droits de douane.
A ce tournant de notre histoire, si nous ne sommes pas scandalisés par ces insultes et cette révolte, nous ne sommes pas de véritables Haïtiens et Haïtiennes. Il est donc temps de créer le nouvel Haïtien, à travers une révolution socialiste pour réformer notre caractère, restaurer notre dignité et notre patriotisme, rompre définitivement avec la domination impérialiste des Etats-Unis, de la France et du Canada, et établir des liens diplomatiques avec les pays du BRICS et d’autres nations du Sud global pour une coopération saine et un développement économique et social durable.
Progressistes haïtiens, unissons-nous pour HaïtiLa libération nationale !
Liberté ou la mort ! La patrie ou la mort !



