Critique de livre
Nous les imbéciles
Par Nora Lange
Radio à deux dollars : 340 pages, 18,95 $
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Bernie, la narratrice du roman de Nora Lange, « Us Fools », grandit dans une ferme du centre de l’Illinois à la fin des années 70 et au début des années 80. Mais Bernie ne s’intéresse pas autant à la ferme ou au paysage qu’à sa famille, en particulier à sa sœur aînée, Joanne, qui est intelligente, rebelle et handicapée. Selon Bernie, elle et Joanne viennent d’une longue lignée de femmes qui ont été difficiles à gérer et qui ont vécu, d’une certaine manière, des vies tragiques. Le style de Lange est complexe et comique, ce qui donne à « Us Fools » une atmosphère inhabituelle : est-ce que je ris, est-ce que je soupire, est-ce que je tiens bon et essaie de comprendre ce qui se passe ?
Les romans écrits à la première personne peuvent sembler un peu égocentriques, mais Lange fait du bon travail en enquêtant sur la façon dont Bernie essaie de comprendre la complexité de ses proches et sa relation avec chacun d’eux. Elle commence alors que Bernie est sur le point d’avoir 9 ans et Joanne 11 ans. Leurs parents ne sont pas là et Joanne décide de « sauter de notre toit », qui se trouve à environ 7,5 mètres au-dessus de l’allée en béton. Bernie ne l’arrête pas et ne court pas chercher ses parents. Elle pense que Joanne a plus à lui apprendre que quiconque, et quoi que Joanne veuille faire, elle ne peut pas être empêchée de le faire. Bernie sait déjà que tout ce que Joanne fait lui révélera quelque chose de nouveau et de fascinant (peut-être à Joanne aussi) et elle écrit à propos de la vue de Joanne blessée dans l’allée : « J’ai adoré ça, même si j’ai fait semblant du contraire. »
Les parents de Bernie ont de nombreux problèmes à régler. Nous sommes à la fin des années 1980 et la crise agricole met en danger tout ce dont ils dépendent. Bernie n’a que 7 ans lorsque leurs inquiétudes deviennent plus précises, mais elle sait que son père, Henry, et sa mère, Sylvia, sont très inquiets. Ils savent que les dettes, les bas prix de production et la cupidité des entreprises pourraient ruiner la vie à laquelle ils sont habitués, et à mesure que Bernie grandit, elle se rend compte que ses parents, en particulier sa mère, étaient frénétiques à l’époque et ne savaient pas comment gérer la situation.
À un moment donné, alors que Bernie n’a que 7 ans, sa mère lui dit, en parlant de Joanne : « C’est elle ton problème maintenant. » Bernie croit sa mère. Le reste du roman est une exploration de la façon dont les points de vue de Bernie sur Joanne changent au fil du temps. Bernie essaie d’aider sa sœur, mais aussi de ne pas être comme elle. En grandissant (elle a environ 30 ans lorsqu’elle organise ses souvenirs), elle apprend à voir les choses dans leur ensemble ; l’une des expressions que Lange fait utiliser à Bernie pour se décrire elle-même et sa sœur est « les enfants de la poubelle ».
Mais les parents de Bernie sont également un mystère pour leurs enfants. Au tiers du roman, Lange écrit : « Je me souviens avoir vu nos parents se ronger les sangs et me demander si ma sœur et moi trouverions un jour ce genre d’amour, cette dépendance absolue. Parfois, nos parents exigeaient que nous sortions pour dîner ou faire nos tâches ménagères. « C’est à ça que servent les lampes de poche », disaient-ils, béats et dégoûtés. »
Malheureusement, l’obsession détaillée de Bernie pour ses propres sentiments crée un problème pour le lecteur : Lange n’essaie pas de développer une analyse de la façon dont les parents de Bernie sont devenus ce qu’ils sont. Elle se contente d’attribuer les troubles de la personnalité de Sylvia à l’histoire familiale, mais elle n’entre pas suffisamment dans les détails de l’histoire réelle pour permettre au lecteur de saisir ce que Bernie ne fait pas.
Lange s’intéresse à la façon dont Bernie parvient à organiser sa propre vie, et au fil de la lecture, l’histoire devient de plus en plus convaincante. Elle est extrêmement consciente de ses désavantages et de la façon dont Joanne l’influence. La différence entre Bernie et Joanne est que Bernie veut que les choses changent, à la fois socialement et politiquement, mais elle veut aussi trouver comment s’intégrer et trouver du plaisir même si les choses ne changent pas. Joanne est une rebelle dans l’âme, qui exprime toujours ses sentiments à l’égard de ses parents, ou de l’endroit où ils vivent, ou de ce qu’elle considère comme des menaces et des opportunités, peu importe à quel point ses sentiments sont inhabituels ou, du point de vue de Bernie, cruels.
Lange est d’une génération plus jeune que moi et je pense qu’elle réussit parfaitement à décrire la frénésie de la vie des jeunes au cours des 40 dernières années. Une fille ou une adolescente peut-elle y faire face, comme Bernie, ou une jeune femme est-elle plus sage de déménager au milieu de nulle part et d’y échapper, comme le fait Joanne ?
Le véritable plaisir du livre, une fois qu’on s’y est habitué, c’est la complexité du style narratif de Lange, la façon dont il reproduit le passage du temps instant par instant dans la vie de Bernie et dépeint la façon dont elle surmonte les difficultés d’apprentissage pour comprendre et survivre à la situation qui lui a été infligée. Drôle, triste, en colère, contente, effrayée, résignée, Bernie saute d’une page à l’autre et entraîne le lecteur avec elle. Pour un premier roman, c’est tout à fait remarquable.
Jane Smiley est l’auteur de nombreuses œuvres de fiction et de non-fiction.


