L’enquête sur l’implication présumée de la police du Nord-Ouest dans un scandale de drogue reste opaque

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on email

Aperçu:

Près de quatre semaines se sont écoulées depuis que le porte-parole de la Police nationale d’Haïti (PNH) a annoncé la détention d’agents soupçonnés d’être impliqués dans un scandale de trafic de drogue dans le nord-ouest du pays. Malgré cette annonce, des questions subsistent quant à l’état d’avancement de l’enquête.

PORT-DE-PAIX — Lors d’un point de presse tenu le 16 août, Michel-Ange Louis Jeune, porte-parole de la Police nationale d’Haïti (PNH), a révélé des développements inquiétants dans un scandale de trafic de drogue impliquant au moins six policiers dans le département du Nord-Ouest, notamment à Port-de-Paix, la capitale. Malgré l’annonce d’une enquête il y a près d’un mois, des questions subsistent quant à sa transparence et son efficacité.

Le scandale a éclaté lorsque les autorités ont découvert le transit de 130 kilos de cocaïne par le nord-ouest du pays, plus précisément dans les zones côtières entre Saint-Louis du Nord et Port-de-Paix. Quatre policiers de la Brigade d’intervention (BI), dont l’inspecteur régional Maxonel Déus et le commissaire divisionnaire Léonel Joseph, ont été arrêtés. Entre-temps, deux autres policiers, Berguy Gédéon, alias Kiki, et un autre, connu sous le nom de Fedner, ont fui le pays, ce qui a poussé Interpol à lancer un avis de recherche à leur encontre.

« Le haut commandement de la PNH a rapidement ouvert une enquête suite aux révélations sur le scandale de drogue dans le département du Nord-Ouest », a déclaré Louis Jeune à la presse. « Actuellement, une délégation d’inspection générale est active dans la région aux côtés d’une équipe de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Cette délégation est chargée de mener des enquêtes administratives et judiciaires, notamment d’interpeller diverses personnes liées à cette affaire », a-t-il précisé.

Inquiétudes concernant les procédures

Des irrégularités de procédure auraient conduit à l’arrestation de Déus et Joseph. Selon les autorités policières, deux agents de l’unité BI ont demandé un congé irrégulier de 18 jours, que Déus a accordé sans en informer le directeur départemental de la PNH, Clevens Cétoute. Cette violation du protocole a été invoquée comme motif pour les arrestations sans autres détails spécifiques, contribuant encore davantage à diminuer la confiance du public dans l’enquête.

Le manque de transparence a conduit de nombreux habitants de la ville à s’interroger sur la responsabilité de la police. « L’incapacité de la police à fournir des informations claires sur l’enquête n’a fait qu’accroître la méfiance de la population », a déclaré un habitant de Port-de-Paix.

Beaucoup sont sceptiques quant aux résultats de l’enquête, certains estimant que seuls les officiers subalternes pourraient en subir les conséquences, tandis que les supérieurs resteraient impunis. L’opacité de l’enquête s’inscrit dans la lignée de nombreuses enquêtes passées, selon certains, perpétuant le cycle de la corruption et de l’impunité dans le pays.

« Comme c’est souvent le cas dans ces cas-là, ceux qui sont les premiers arrêtés peuvent être les seules victimes, tandis que les principaux responsables peuvent travailler en toute liberté », a déclaré un habitant qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité.

Un autre habitant a ajouté : « Les autorités judiciaires doivent travailler avec diligence sur cette affaire pour éradiquer le trafic de drogue dans notre communauté. Le manque de transparence de l’enquête et la réticence apparente à demander des comptes aux hauts fonctionnaires et aux personnes bien connectées ont conduit à une méfiance généralisée. »

Par ailleurs, les habitants de la région s’inquiètent de l’implication de Cétoute dans le scandale. Des allégations suggèrent qu’il pourrait être au courant des malversations au sein des forces de l’ordre, mais qu’il n’a rien fait pour les combattre.

Certains habitants affirment que Déus et Joseph sont innocents, estimant que les arrestations font partie d’un plan visant à couvrir les véritables trafiquants de drogue de la ville.

Quelques personnes ont tenté d’organiser une manifestation pour exiger la libération de l’inspecteur et du commissaire de police. Mais le directeur départemental a interdit une telle initiative, alimentant encore plus les soupçons sur son rôle dans l’enquête.

Les observateurs estiment que la PNH doit répondre à ces préoccupations et fournir des mises à jour claires à mesure que le scandale se déroule afin de faciliter la confiance du public dans les forces de l’ordre.

Des implications plus larges

Ce scandale n’est pas un incident isolé. Le trafic de drogue sévit en Haïti depuis des années et des cas similaires se sont déjà produits par le passé. La récurrence de ces scandales suggère la nécessité d’une réforme systémique et d’une plus grande transparence dans les opérations policières pour gagner la confiance du public.

Outre l’affaire de Port-de-Paix, la police a récemment saisi des drogues dans d’autres régions, notamment un champ de marijuana dans le département du Sud-Est et un bateau transportant de la cocaïne et de la marijuana dans le département des Nippes, selon Louis Jeune. Ces incidents illustrent une fois de plus le caractère répandu du trafic de drogue en Haïti et le besoin urgent de stratégies efficaces et transparentes de maintien de l’ordre.

L’histoire montre que les scandales impliquant des policiers se répètent au fil des ans. Un cas notable en 2008 a impliqué plusieurs autorités policières et des civils à Port-de-Paix, conduisant à plusieurs arrestations, dont celle d’Alain Désir, le propriétaire de drogue de l’époque.

Lors d’un incident similaire, les autorités des îles Turques-et-Caïques ont intercepté environ 15 migrants haïtiens et une quantité importante de marijuana évaluée à environ 132 000 dollars lors d’une opération le 16 août. Quelques jours plus tard, trois autres bateaux ont été découverts transportant 212 migrants, ainsi que des drogues illégales estimées à environ 2,8 millions de dollars, a rapporté le Miami Herald.


À suivre