Temu se voit infliger une amende record de 200 millions d’euros pour des jouets pour bébés dangereux et des chargeurs douteux

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on email
Les plus grands opérateurs de réseaux mobiles britanniques ont prévenu leurs ministres qu'ils pourraient être contraints de rationner l'accès aux signaux téléphoniques et d'introduire des hausses de prix aux heures de pointe, alors que la guerre en Iran fait monter en flèche les coûts de gros de l'énergie et que Whitehall exclut le secteur de son programme phare de soutien industriel.

Bruxelles a tiré son coup de semonce le plus puissant à ce jour contre les marchés en ligne à très bas prix qui remodèlent le commerce de détail européen, infligeant à la société chinoise Temu une amende de 200 millions d’euros pour ne pas avoir empêché les marchandises illégales et dangereuses d’accéder à sa plateforme.

L’amende, la plus importante jamais infligée en vertu de la loi sur les services numériques (DSA) de l’Union européenne, fait suite à une enquête de près de deux ans visant à déterminer si les plus grandes plateformes en ligne contrôlent la vente de produits illégaux et nocifs aux consommateurs à travers le bloc. Il s’agit également de la mesure coercitive la plus importante prise contre une plateforme chinoise depuis l’entrée en vigueur du régime.

Dans un décision publiée cette semainela Commission européenne a conclu que Temu n’avait « pas réussi à identifier, analyser et évaluer avec diligence les risques systémiques liés aux produits illégaux proposés sur sa plateforme et le préjudice qui en résulte pour les consommateurs de l’Union européenne ». D’autres sanctions pourraient suivre, a prévenu la commission, Temu ayant jusqu’à la fin août pour soumettre un plan de mesures correctives sous peine de payer des astreintes périodiques.

Clients mystères, chargeurs douteux et jouets dangereux

Au cœur de l’affaire se trouve un exercice d’achat mystère au cours duquel les enquêteurs ont acheté des produits directement à Temu et les ont envoyés pour des tests en laboratoire. Les résultats ont rendu la lecture inconfortable.

Une forte proportion de chargeurs de téléphone ont échoué aux tests de sécurité électrique de base. Les jouets pour bébés ont été jugés comme présentant des risques de sécurité moyens à élevés, notamment des produits chimiques tels que les phtalates dépassant les limites légales de l’UE, ainsi que de petites pièces détachables qui présentaient un risque potentiel d’étouffement pour les nourrissons et les jeunes enfants.

Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la commission pour la souveraineté technologique, la sécurité et la démocratie, n’a pas ménagé son évaluation. « Les évaluations des risques ne sont pas des exercices consistant à cocher des cases, elles constituent l’épine dorsale de l’AVD », a-t-elle déclaré.

“L’évaluation des risques de Temu sous-estime les risques concrets, manque de spécificité, n’est pas fondée sur des preuves solides et n’est pas exhaustive. Elle laisse les régulateurs, les utilisateurs et le public dans l’ignorance quant à l’ampleur réelle des dommages potentiels posés par les produits illégaux vendus sur Temu.”

Une croissance vertigineuse en route vers une collision avec Bruxelles

Temu a été fondée en 2022 par le groupe de commerce électronique chinois PDD Holdings et s’est développée à une vitesse extraordinaire en proposant des produits à très bas prix expédiés directement des fabricants, souvent via une logistique fortement subventionnée. Sa pénétration au Royaume-Uni et en Europe continentale a été alimentée par une publicité numérique agressive et des remises importantes.

Ce modèle l’a placé en concurrence directe avec Shein, pionnier de l’approche low-cost basée sur les applications et qui a déjà redessiné les contours de la chaîne d’approvisionnement de la mode rapide. Pour les détaillants britanniques indépendants et les PME, la montée en puissance des deux a alimenté une dispute de longue date sur des règles du jeu inclinées, avec des groupes industriels appeler à une répression des importations chinoises de fast fashion au milieu des craintes que le commerce de détail national soit sous-coté.

L’intervention de la commission sera suivie de près de ce côté de la Manche. Alors que le Royaume-Uni n’est plus lié par le DSA, Bruxelles a été progressivement renforcer les contrôles douaniers sur les détaillants en ligne dans le cadre d’une répression plus large contre les marchandises dangereuseset la pression monte sur Westminster pour qu’il emboîte le pas. La loi sur la sécurité en ligne et le prochain projet de loi sur la réglementation des produits et la métrologie devraient largement donner aux régulateurs britanniques des pouvoirs plus précis en matière de cotations sur les marchés, avec Reportage Reuters que l’arrêt de Bruxelles est déjà utilisé comme point de référence par les autorités nationales de protection des consommateurs.

Temu repousse

Temu, pour sa part, n’a pas tardé à rejeter l’évaluation de la commission. Une porte-parole a déclaré que l’entreprise « respecte les objectifs de la loi sur les services numériques et la nécessité de règles claires et cohérentes dans l’ensemble de l’économie numérique », mais a ajouté qu’elle considérait l’amende « disproportionnée ».

La décision, a-t-elle souligné, concerne la première évaluation DSA de Temu en 2024 et « ne reflète pas l’état actuel de nos systèmes ». L’entreprise a depuis renforcé ses contrôles des risques et sa gouvernance, a-t-elle déclaré.

“Nous continuerons à collaborer de bonne foi avec les régulateurs et à œuvrer pour un marché qui sert les consommateurs, les entreprises et les communautés de manière responsable. Nous examinons attentivement la décision et envisageons toutes les options disponibles.”

Ce que cela signifie pour les PME

Pour les petits et moyens détaillants britanniques, l’affaire arrive à un moment délicat. Beaucoup soutiennent depuis longtemps que les plateformes à grande échelle bénéficient d’un avantage structurel en termes de coût et de conformité – et que les consommateurs supportent le risque lié à leurs colis. Avec Temu recrute désormais activement des vendeurs britanniques alors qu’il développe un entrepôt nationalla décision de la commission accentue une question familière : jusqu’où la responsabilité en matière de sécurité des produits doit-elle remonter la chaîne, depuis le vendeur tiers jusqu’à la plateforme qui les héberge ?

Pour l’instant, Bruxelles a apporté sa réponse. La réponse de Londres pourrait façonner le prochain chapitre du commerce électronique britannique.

En savoir plus:
Temu se voit infliger une amende record de 200 millions d’euros pour des jouets pour bébés dangereux et des chargeurs douteux

À suivre